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Chine – L´envers du miracle (partie IV)

«A Pékin,
les dirigeants craignent pour leur pouvoir»

Jean-François
Huchet dirige à Hongkong, le Centre d’études français sur  la
Chine contemporaine et la revue
Perspectives chinoises. Il explique quelles
reformes devra engager le regime de Pékin, dans les années à
venir, afin
de maintenir la croissance économique, et sa propre survie.

 

L’économie
chinoise surfe sur un taux de croissance annuel
estimé à 12%
environ. Ce «mirade» peut-if durer
?

Le pays peut encore aller de
1’avant, assez facilement, pendant dix ou quinze ans. L´économie, la société et
le systeme politique sont exposes a des risques de fractures, qui pourraient
enrayer cette dynamique. Mais les fondamentaux, pour employer un terme
d’economiste, sont bien meilleurs que dans les annees 1990: la taille du marche
domestique, les investissements, le commerce exterieur, l’epargne, les deficits
budgetaires … Dans ces conditions, 1’economie peut surmonter d’eventuelles
difficultes. Au fond, la Chine
evoque pour moi un geant d’une force extraordinaire, mais qui trainerait
derriere lui des boulets.

Sur le plan politique, quelles sont les menaces?

Ce terrain est mine. Dans une
democratie telle que l’Inde, le risque se borne, sauf cas exceptionnel, a un eventuel
changement de majorite. En Chine, en revanche, on ne peut ecarter 1’hypothese
d’un changement de regime.

Quelque 75 000 manifestations ont lieu chaque an nee, en Chine. A quel point le regime est-if menace
par ces rassemblements?

Le Parti communiste (PC) est
extremement bien prepare pour faire face a ces contestations isolees, de type
traditionnel. Depuis une quinzaine d’ annees, il a developpe un vrai savoir-faire
repressif et gagne en subtilite. Un exemple : quelque 30 a

50 millions de personnes ont
perdu leur emploi, depuis la fin des annees 1980, a la suite des
reformes dans les entreprises d’Etat. Jusqu’ a present, le Parti a ete tres
habile, en distribuant de l’ argent, en cooptant des groupes et en restant
present sur le terrain, un peu a la maniere des mouvements islamistes dans
certains pays arabes. Surtout, le PC a veille a ce que les mouvements contestataires
ne puissent se coordonner. Le Parti tire sa force de son unite, mais il serait
d’une fragilite extreme en cas de conflit interne – au sein du bureau
politique, par exemple. Que se passerait-il si des evenements comparables a
ceux qui se deroulerent sur la place Tiananmen, en 1989, venaient a se
reproduire? Les dissensions, au sommet du Parti, pourraient-t-elles bloquer
certains leviers du pouvoir? Aujourd’hui, les progres technologiques –
telephones portables, Internet – permettent aux citoyens de diffuser
1’information. Dans ces conditions, ceux qui sont au sommet de 1’Etat
auraient-ils suffisamment de poids face a l’ armee ou a la police pour imposer
une repression de nature a garantir leur maintien au pouvoir?

Les inégalités sociales sont-elles un facteur de déstabilisation?

Cela fait quelque temps que la Chine devient 1’une des
societes les plus inegalitaires du monde. Les differences de revenu s´accroissent
entre provinces’ entre ville et campagne, a 1’interieur des villes et notamment
entre ceux qui profitent de la corruption et les autres. Ces phenomenes
preoccupent beaucoup le regime. Mais sa marge d’ action est limitee en
l’absence d’un veritable dialogue social.

Le systeme financier est-if adapte au developpement de I’economie?

La Chine est passee, a la fin des annees 1990, tres pres d’une grave crise financiere.
Depuis lors, les dirigeants ont entrepris une serie de reformes, en particulier
sur le plan bancaire.
Il reste encore beaucoup a faire. Au premier retournement
conjoncturel, on pourrait assister a une explosion des creances douteuses. Car
les banques locales ne font pas leur travail, et de nombreuses questions
restent en suspens. Quel role jouent les acteurs financiers dans la
canalisation de l’epargne nationale? Quand une banque accorde un credit a une
entreprise, pour quelle raison le fait-elle? Parce qu’un cadre local a donne un
coup de fil? Parce qu’il faut encourager la croissance a tout prix? Parce que
le patron de 1’usine est un ami? Parce que l’ on ne refuse rien
a une entreprise d’Etat? Et, à la Bourse, y a-t-il une
correlation entre les resultats des entreprises et le cours des actions? On en
est tres loin! Le systeme financier demeure rudimentaire. Or il joue un role
politique extremement important pour le pouvoir, obnubile par la necessaire
stabilite sociale. Afin de pouvoir creer des emplois, pour limiter le chomage a
un niveau socialement acceptable, le regime a un interet politique a maintenir
un systeme financier assez sommaire, pilote de maniere administrative.

Ladegradation
de l’environnement adonne Iieu à des manifestations, dans lescampagnes comme
a la ville. Peut-elle contribuer
au ralentissement de/’economie etdeboucher sur une contestation d’ordre
politique
?

Cette question est capitale.
L’eau et la qualite de l’air sont gravement degradees. La pollution affecte
l’environnement petit a petit; si rien n’ est fait, ses effets pourraient peser
sur la croissance. La desertification galopante, la baisse des rendements
agricoles et des ressources en eau rep res en tent de grands defis. Certaines
regions abritent deja des
«refugies ecologiques»: ils ont fui leur foyer par manque d’ eau. II existe des solutions
techniques, mais il faudra les rendre viables sur le plan economique, ce qui n’
est pas le cas des scenarios envisages aujourd’hui. Pour l’instant, le Parti
est parvenu a isoler chaque mouvement de contestation, en usant de la carotte
et du baton, afin que ces conflits res tent locaux.

Leregime
tire une part de
sa legitimite des bonnes performances de /’economie. En cas
de ralentissement de I’activite, craignez-vous qu’i1cede
a la tentation nationaliste, a
I’egard de Taïwan, par exemple?

Oui. Quand vous discutez avec
les Chinois de l’ avenir de TaIwan, meme avec des intellectuels tres bien
informes, ils parlent non plus avec la tete, mais avec les tripes. S’il etait
confronte au mecontentement populaire, le regime pourrait etre amene a
declencher une guerre hasardeuse. De meme, si Taipei venait a declarer formellement
son independance, l’armee chinoise reagirait sans aucun doute. Et la population
aussi
! A moyen terme, il est peu probable que la Chine soit capable d’envahir 1’ile. Le sujet
reste neanmoins sensible. D’autant que les Americains sont attaches auxliens
qui les unissent a TaIwan. C’ est un point de confrontation potentiel.

Le danger
serait double, alors
: envahir Taïwan serait suicidaire pour I’armee et le Parti; ne pas
envahir le serait ausst car la population ne le comprendrait pas.

Tout a fait. Le regime de Pekin
est fort, mais il est parfois pris au piege de son propre discours. Pour de
nombreux Chinois, TaIwan appartient a ce que l’on appellerait, en France, 1’identite
nationale. C’est 1’Alsace et la
Lorraine des annees 1900!

D’ici a quinze ans, si le taux de
croissance actuel reste le meme, I’economie sera tellement transformee que des
reformes seront inevitables. Lesdirigeants du Parti /’ont-ifs compris?

Plus la Chine va s’enrichir, plus le
regime devra lutter contre la corruption, tenter de reduire les inegalites et gerer
la complexite croissante de l’economie. Sur le plan politique, le PC a deja
beaucoup change: jadis totalitaire, il est devenu simplement autoritaire. Ses
cadres sont plus eduques qu’ autrefois; ils analysent les informations et sont
ouverts sur 1’etranger. Pour le moment, si de nombreux intellectuels et une
partie de la societe sont convaincus des merites de la democratie, leParti,
quantalui, reste enferme dans une contradiction. Car de nombreux dirigeants du
PC ont ete tres choques par la maniere dont s’est effondre le communisme – en
Roumanie, en particulier, Oll 1’ancien dictateur, Nicolae Ceausescu, ainsi que
sa femme ont ete sommairement abattus. A Pékin, beaucoup craignent pour leur
pouvoir, politique ou economique, mais aussi, plus simplement, pour leur
famille. Chacun a compris, me semble-t -il, qu’il faut jouer l´ouverture. La
question est de savoir comment on le fait, en pratique. Et jusqu’ Ollon peut aller
sans mettre en peril la survie du Parti… ni la sienne, au sens propre.

Propos recueillis par Marc Epstein

 

 

Admirador da cultura chinesa, tenho me esforçado para desmistificar e diminuir as distâncias entre esses dois países promissores perante o atual cenário econômico mundial: Brasil e China. Estudo mandarim desde 1997. Autodidata, acredito que não existam atalhos para o conhecimento. Não obstante, o exercício da aprendizagem, em si, e a perseverança encurtam caminhos, aumentam a concentração e tornam o percurso como o de um passeio matinal ensolarado. Além de atuar como tradutor-intérprete, sou consultor e intermedio negócios na área de importação-exportação.

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