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Chine – L´envers du miracle (partie III)

Ce
charbon qui mine le Shanxi

 

De notre
correspondante

« Là-bas, c’est une mine, avec la cokerie qui en dépend. Plus
loin, c’est une autre mine, rattachée a une autre usine. Autour, ce sont les
reserves de charbon …
» A Taiyuan, capitale du Shanxi, une province situee dans
le nord-est de la Chine,
Cao Ye, debout sur
la terrasse de sa maison, decrit d’une voix rocailleuse la zone industrielle
qui s’etend a ses pieds.
« Des qu’il y a du vent, ajoute-t-il,
la crasse se depose partout.
» Desormais a la retraite, il a travaille
plus de trente ans dans une mine d’Etat situee juste au-dessus de chez luL Les
fumees des usines et la poussiere de charbon accumulee au fil des ans sont
devenues son cadre de vie, et celui de la grande majorite des 33 millions
d’habitants de la province. Car l’activite de la region est presque entierement
centree sur le charbon, dont elle produit 500 millions de tonnes par an, au
point qu’ elle est devenue l’une des plus polluees de Chine: pendant des
decennies, ici, l’environnement a ete sacrifie au nom d’une croissance nationale
vorace en energie.

Sur les
routes defoncees du Shanxi, les camions de charbon roulent en file indienne, de
jour comme de nuit. Une poussiere collante s’amoncelle en congeres sur les
bas-cotes, s’insinue dans les maisons, noircit les hommes etles paysages. Les
zones urbaines, qui abritent les cokeries ainsi que des batteries d’usines
chimiques et de centrales electriques nourries au charbon, sont enveloppees
d’une brume jaunatre a l’odeur acre. La ville de Linfen, dans le sud de la
province, a detenu trois annees de suite le triste record de l’agglomeration la
plus polluee du pays. Avec des consequences sanitaires catastrophiques. Selon
une etude realisee en mai 2007, le taux de mortalite des habitants ages de plus
de 55 ans y serait dix fois superieur au reste de la Chine. Meme les
vallees les plus reculees sont concernees par la pollution et les degats
ecologiques. Les mines, legales ou non, ont perce le sol de la province comme
un gigantesque gruyere. Par endroits, le terrain s’affaisse. Les murs des
maisons se lezardent. Et les champs sont devenus impropres al’agriculture. Pres
de 1 million de personnes vivent sur des terres condamnees, dont la surface s’étend
de 94 kilometres
carres par an. Partout, la poussiere de charbon et les emanations nauseabondes des
usines impregnent l’ atmosphere, au point de rendre l’ air irrespirable.

 

Les puits
iIIégaux sont légion

Face a 1’ampleur des degats, les
autorites provinciales, epaulees par le gouvernement central, tentent de renverser
la tendance. Le gouvemeur du Shanxi,YuYoujun, a detaille sa strategie, le 21
mai dernier, dans un journal national, le
China Daily: il promet d’ augmenter de 25% en cinq ans l’efficacite energetique
de la province, soit 5
% de plus que l’objectif national. Depuis 2005, pres de 8 000 mines illegales
ou d’une capacite inferieure a 90000 tonnes par an – les plus polluantes mais
aussi les plus dangereuses – ont ferme. Aterme, l’objectif est de reduire le
nombre de puits de la province a 2 000, contre 9 000 aujourd’hui.

Dans les
montagnes, la realite semble bien eloignee de ce volontarisme politique. Certaines
mines illegales ont certes ete rasees a grands coups de bulldozers. Mais le
Shanxi est un veritable lacis de vallees, dont les plus encaissees ne sont
accessibles qu’a pied. Les mafias locales en ont fait leurs terrains de jeu,
bien decidees a continuer une activite miniere devenue tres lucrative avec l’augmentation
du prix du charbon. Dans la vallee de Yukou, au centre de la province, les
mines illegales toujours en activite sont legion. Les mineurs sont tous des
migrants, attires par des salaires qui peuvent atteindre 400 euros par mois en
fonction du rendement. Lis vivent dans des habitations creusees a meme la
montagne, et ont reçuconsigne de rester discrets :
« Le patron nous interdit
de parler
», likhe l’un d’eux, avant de s’enfuir. Les hommes de main veillent sur la
vallee, quils sillonnent au volant de vehicules tout-terrain flambant neufs.
Pour eloigner les curieux, Usn’hesitent pas a marquer leur territoire comme une
meute de loups, de la maniere la plus primaire qui soit.
« Situ rentres
dans ces vallees, dit un habitant, tu risques de gros ennuis.
»

La
corruption aussi explique le maintien de nombreuses mines illegales:
«Il y a souvent des gens au -dessus des patrons de mines illegales, soupire
un habitant. Des dirigeants de la province, ou meme du gouvernement central. Ils
ferment les mines, oui, mais ils les rouvrent au bout de quelques jours… De
haut en bas, ils sont tous corrompus.
» Selon le gouvernement central, plus
de 4 500 fonctionnaires ont des interets financiers illegaux dans les mines du
pays, et ferment donc les yeux sur les infractions aux regles de securite et d’
environnement. Les cadres
10caux redoutent surtout !’impact economique que pourrait
avoir une fermeture massive de mines. Selon un sondage du gouvernement, 93
% des habitants du Shanxi pensent que l’environnement devrait etre une
priorite.

 

Pekin
face au dilemme de I’independance energetique

Mais 91 % des maires locaux craignent les
repercussions sur l’emploi d’ eventuelles fermetures, affirme la me me enquete.
Car la destruction des petits puits prive les proprietaires, originaires du
Shanxi, d’importantes sources de revenus. Quant aux mineurs, en grande majorite
des migrants, ils perdent alors un emploi certes ereintant et dangereux -la
province deplorait officiellement 476 morts dans des accidents miniers en 2006
– mais qui leur assurait un revenu confortable. Originaire du Jiangsu, un
groupe de mineurs descend d’une vallee, un bambou en equilibre sur l’epaule
soutenant leurs maigres possessions.
«On est revenus hier apres les conges
du NouvelAn, explique l’un d’entre eux. La mine a ete entierement detruite, on
ne peut plus travailler, et le patron n’est plus la. Je m’ en vais travailler
dans une autre province, dans une mine de fer illegale, ou l’un de mes amis se trouve
depuis un an. La fermeture des mines, c’ est un coup dur pour le Shanxi
», poursuit-il.

Un coup
dur pour le Shanxi … et un dilemme pour la Chine. Les autorites de
Pekin sont -elles pretes a remettre en question l’independance energetique pour
les besoins de l’environnement? Le charbon represente 70
% de la
production d’ electricite nation ale, mais la Chine s’est trouvee pour la premiere fois
importatrice nette, au premier trimestre 2007. Plus que jamais, avec une
croissance economique de 10,7
% en 2006, le pays tout entier a besoin
du charbon du Shanxi.
Séverine Bardon

 

Des
records
de pollution

La provincedu
Shanxi reunitpresde la moitie des
30 villes les plus polluees de Chine,
en raison de I’activite industrielle Iiee a I’exploitation du charbon. La
region produitaelleseule un quartdu charbon chinois et lamoitie du coke utilise
dans la production de I’acier. L’industrie du charbon contribue fortement aux
emissions de dioxyde de carbone, responsables du rechauffement c1imatique.Deuxiemeemetteurmondial,
la Chine
devrait depasser les Etats-Unis dans ce domaine d’ici a deux ans. Le
gouvernementde Pekin aannonce des objectifs ambitieux en termes de lutte contre
la pollution. II prevoitainsi de reduire lesemissionsdeC02 par unite de PNB de
40 %d’ici a 2020. Les emissions de
soufre devront pour leur part diminuerde
10% parunitede PNB,alors que
I’efficacite energetique devra etre augmentee de
20 %. Annonces par le
Premier ministre, Wen Jiabao, lors de l’Assemblee nationale populaire reunie en
mars dernier, ces objectifs n’engagent que la Chine, qui refuse toute contrainte internationale
en matiere de lutte contre la pollution.

L´EXPRESS
9/8/2007

 

Admirador da cultura chinesa, tenho me esforçado para desmistificar e diminuir as distâncias entre esses dois países promissores perante o atual cenário econômico mundial: Brasil e China. Estudo mandarim desde 1997. Autodidata, acredito que não existam atalhos para o conhecimento. Não obstante, o exercício da aprendizagem, em si, e a perseverança encurtam caminhos, aumentam a concentração e tornam o percurso como o de um passeio matinal ensolarado. Além de atuar como tradutor-intérprete, sou consultor e intermedio negócios na área de importação-exportação.

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