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Chine l´envers du miracle (partie II)

Tianjin
un nouveau dragon s’eveille …

Un port gigantesque à une heure de Pékin, des pares industriels en plein
essor: les autorités veulent faire de eette métropole longtemps assoupie une
«Shanghai du Nord ». Mais la dernière vitrine de la Chine high-teeh ne brille
pas pour tout le monde.

 

De notre
envoye special

Fin mai, le Parsifal fait escale a Tianjin. A peine arrime a quai, le
porte-conteneurs geant de la compagnie française CMA CGM offre sa cargaison aux
crocs de sept grues voraces; vingt -quatre heures plus tard, le batiment, 330 metres de longueur
et 8500 conteneurs multicolores empiles a bord, est deja pn?t a repartir,
direction Shanghai, Hongkong, puis l’Europe. A son poste de commande, 35 metres au-dessus du
niveau de la mer, Milorad Gotier, croate d’ origine, ne se lasse pas du
spectacle.
«Chaque fois que je viens ici, je decouvre unnouveau
terminal», explique-t-il, en designant les six derniers quais construits sur
une He artificielIe, pas encore en service. Sa jeune femme, embauchee comme
infirrniere d’ equipage, fait la moue : l’escale, trop rapide, ne lui a pas
laisse le temps d’ aller faire son shopping.

Tianjin,
son port. Des grues bleues et rouges a perte de vue, des files de camions, des
montagnes de conteneurs. Nichee au fond du golfe de Eohai, la metropole recense
une centaine de mouvements de bateaux par jour. On y decharge des cargaisons de
soja, de fuel ou des machines-outils; on y charge des conteneurs bourres de
telephones portables, des bouteilles de ketchup ou des ecrans plats. Le trafic,
trois fois plus important que celui du Havre, a triple au cours des cinq
dernieres annees. Idealement situee a 120kilometres de Pekin, la cite portuaire
approvisionne la capitale chinoise.

Surnommée
la
« Shanghai du Nord", Tianjin, avec ses 11 millions d’habitants et une
superficie comparable a celIe de l’Ile-de- France, sera peut–être un jour aussi
celebre que sa semblable du Sud, partie plus tot dans la course chinoise
a la croissance. Ou encore
que Shenzhen, a deux pas de Hongkong, pionniere dans les reformes economiques.

C’ est en
tout cas la volonte de Pekin, inscrite noir sur blanc dans le 11
e plan quinquennal. Les dirigeants
communistes ont deja programme les moindres details du reveil du dragon de la Chine du Nord : entre 2006
et 2010, la croissance annuelle de la zone de Tianjin atteindra 17
%, les biens
high-tech representeront la moitie de la production industrielle et la ville
sera dotee d’un «axe
», d’une«ceinture »,de «trois zones urbaines» et de« huit zones industrielles», lit -on dans un
document officiel de six pages, entre une reference a
« la perle
brillante du golfe de Bohai »et l’appel a la construction d’une «cité harmonieuse
»…

Sur le
terrain, les responsabIes locaux ont rapidement traduit l’inimitable langue de bois
communiste par des chantiers en pagaille. Autoroutes, parcs industriels, ponts,
gratte-ciel: Tianjin la mutante fonce vers son avenir radieux. Renouant avec un
passe tout aussi prospere, du debut du
xxe siecle, quand la ville, alors divisee en une dizaine de
concessions etrangeres, accueillait pour la premiere fois en Chine un tramway
ou une presse a imprimer moderne.

«
Aujourd’hui, les investisseurs accourent, car ils savent qu’ avec l’appui du
gouvernement central l’economie va decoller », explique le responsable d’un
cabinet immobilier. Ussavent surtout qu’avec le Premier ministre, Wen Jiabao,
ne a Tianjin en 1942,et DaiXianglong, actuel maire de la ville et ancien gouverneur
de la banque centrale, la municipalite dispose de deux ambassadeurs puissants
dans les allees du pouvoir. Leurs voix ont pese lourd, par exemple, lorsque,
ran dernier, les autorites chinoises ont selectionneTianjin pour implanter la
future usine

d´assemblage d’Airbus. Les
travaux ont d’ailleurs deja commence sur un immense terrain vague, situe a une
quinzaine de kilometres du centre- ville, et le premier A
320 devrait sortir
des nouveaux hangars a l’ete 2009. Tianjin reve deja d’etre le Seattle chinois,
future capitale de l’aeronautique apres avoir longtemps ete celle de la
bicyclette. Signe des temps: l’entreprise locale Flying Pigeon, dont les lourds
velos noirs sont celebres dans tout le pays, n’est plus que l’ombre
d’elle-meme. La societe, qui employait 15 000 ouvriers dans les annees 1970 et produisait
10 000 velos par jour, a quitte en 1998 le centre-ville, et ses effectifs ont
ete divises par 25. Fini, l’epoque ou DengXiaopingvoulait voir entrer «un velo
Pigeon dans chaque foyer».

Tianjin
vit a I’heure de l’aeronautique, de I’eIectronique, des trains rapides -1′ an
prochain, il faudra seulement trente minutes pour relier la capitale- et de
l’automobile, dernier symbole en date des classes aisees. Les fleurons de la
region s’ appellent desormais Toyota, Samsung ou Motorola. Implantees dans les
parcs industriels de l’agglomeration, les entreprises etrangeres y trouvent de multiples
avantages : proximite du port, loyers abordables, surtout compares a ceux de
Pekin ou de Shanghai, et main-d’ceuvre bien formee, grace

a des universites reputees. Résultat:
la ville produit 100 millions de telephones portables par an, Toyota vient d’y
ouvrir sa deuxieme usine, er le. manne des investissements étrangers accumules
a Tianjin (60 milliards de dollars) depasse celle reçue par l’ ensemble de
I’Afrique de I’Ouest.

« Nous
recevons tous les jours des sollicitations d’investisseurs du monde entier »,
se felicite He Jiang, porte- parole du parc industriel joutant le site
d’Airbus. Lanuit, ce jeune cadre refuse meme d’eteindre son telephone portable,
de pem de rater une demande en provenance d’Allemagne ou des Etats-Unis.
Inauguree en 2002 avec une petite dizaine de societes, cette zone en accueille
aujourd’hui 320. «A I’epoque, i1 fallait venir en 4 x 4 », se souvient
Katherine Ju
, directrice generale de C. Y.Food, I une societe de
80 personnes specialisee dans la fabrication de sachets de fraises
lyophilisees. Cinq ans plus tard, le chemin de terre s’ est transforme en, boulevard,
borde de luminaires …

Installe
sur une berge de la riviere Haihe, dans le cceur historique de Tianjin; un
jeune homme en tee-shirt bleu s’ehtraine a jongler avec trois bouteilles en
plastique. LiMing,
23 ans, est originaire de la province voisine du Hebei. Ce
soir-Ia, il estheureux: il vient de decrocher un contrat de serveur dans l’un
des nouveaux bars branches de la ville. «J’ ai fait le bon choix en venant a Tianjin:
c’est l’ endroit qui offre le plus de possibilités», estime-t-il.

Cette
aventure, il n’ est pas le seul,
a l’avoir tentee. Chaque jour, des
centaines de migrants se presentent sur un marche du travail informel, installe
sur le trottoir d’une rue ombragee. Sur un panneau mural, les employeurs
affichent leurs demandes. Ici, on cherche un cuisinier pour desplats froids ou
des nouilles sautees; la, un animateur de jeuxvideo …Yan Suping, 30 ans, scrute
les annonces : cette femme de menage, originaire de la province pauvre du
l1aoning, est a la recherche d’un patron susceptible de lui fournir aussi un
logement. Elle ne s’inquiete guere: «Ici, explique- t -elle, il est tres facile
de trouver un travail. » Car le decollage economique de Tianjin n’est pas un mirage.
Grace a une croissance annuelle de 14
% entre 2001 et 2006, la cite- province fait desormais
partie des dix agglomerations les plus riches de Chine, avec un revenu par
habitant supérieur à 5 000 dollars.

Pourtant,
la «pede» du golfe de Bohai ne brille pas pour tout le monde. Et certainement
pas pour les habitants de Xiditou, petite commune du district de Beicheng, ou
le taux de cancers est trente fois plus eleve que la moyenne nationale. Triste
record, dil a la pollution de I’eau, souillee par les residus des usines
chimiques et de peinture du coin.

Temoins
de ce drame, M. Liu et Mme Duan vivent de puis trente-sept ans a Xiditou, ou
Ustiennent une petite epicerie. Mais leur commerce bat de I’aile, depuis la
fermeture, il y a quelques annees, de l’usine de peinture voisine, et le depart
de ses 200 employes. Sur un des murs de leur petite echoppe est dessinee une
croixrouge, au-dessus des sacs de cacahouetes et de riz. «Je ne crois pas aux religions
ni aux superstitions, mais cette croix protege notre sante », assure Mme Liu,
confirmant au passage les nombreux cas de cancers. La plupart des usines
polluantes ont ete fermees par ordre administratif, et les autres doivent
desormais obtenir une licence pour fonctionner. Mais ces dispositions paraissent
tres illusoires, a voir le nombre de ruts de produits chirniques abandonnes
dans le quartier…

De meme,
Tianjin n’a pas reus si a echapper a l’autre mal qui ronge la Chine: la corruption. Deja
en aoilt 2006, l’ancien
plus haut magistrat de la ville, Li Baojin, connu pour rouler en Jaguar et
jouer au tennis, avait ete suspendu de ses fonctions. Mais, ces derniers mois,
les affaires sales, souvent liees au secteur de l’immobilier, s’y sont
multipliees, eclaboussant plusieurs hauts grades. Dans l’ obligation de reagir,
les autorites centrales de Pekin ont depeche, en mars dernier, un nouveau chef
du Parti sur place, pour faire le menage. Resultat: de nombreux responsables
ont ete evinces. C’ est le cas, par exemple, du puissant Pi Qiansheng, ex-patron
de la nouvelle zone economique de Tianjin. Quant au chef du Bureau de la
securite publique, mouille dans une affaire de dessous-de-table, il a prefere
se suicider dans

son bureau, le 5 juin …

Ce n’ est
certes pas la premiere fois que Tianjin se retrouve impliquee dans des
histoires de corruption. En 2006, un reportage de la BBC devoilant l’existence d’un
trafic d’organes humains a l’hopital central n°
1avait cause
grand bruit. Mais ces scandales a repetition font desordre. Non seulement
Usecornent la respectabilite de la metropole, au moment ou celle-ci s’apprete
a accueillir les epreuves de football des Jeux olympiques en 2008, mais,
surtout, ils nourrissent la colere locale. En temoignent les manifestations de petitionnaires,
deux fois par semaine, devant le siege municipal du Parti communiste. Car le
petit peuple des deloges, des retraites sans pension ou des malades sans soins
ne goilte guere aux dividendes du miracle economique tant vante par les
autorites.

A une
dizaine de kilometres au sud du centre-ville, un grand panneau d’affichage, plante
au bord d’une autoroute, fait la pub de la municipalite. Un slogan, digne des
meilleures ecoles du Parti, invite la population à participer à
la construction d’« une ville modele en termes d’hygiene ».Tianjin cote
pile. En contrebas, coinces entre une autoroute et un etang de pisciculture,
s’etalent des taudis recouverts de tale ondulee et de materiaux de
recuperation, au milieu de detritus d’une decharge sauvage …Tianjin cote
face.

 

Eric Chol, avec Séverine Bardon
L´EXPRESS 9/8/2007

 

 

Admirador da cultura chinesa, tenho me esforçado para desmistificar e diminuir as distâncias entre esses dois países promissores perante o atual cenário econômico mundial: Brasil e China. Estudo mandarim desde 1997. Autodidata, acredito que não existam atalhos para o conhecimento. Não obstante, o exercício da aprendizagem, em si, e a perseverança encurtam caminhos, aumentam a concentração e tornam o percurso como o de um passeio matinal ensolarado. Além de atuar como tradutor-intérprete, sou consultor e intermedio negócios na área de importação-exportação.

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